Touche-à-tout, dessinateur, cycliste, photographe, performeur, les travaux variés de Johann Bernard reposent sur la mise en oeuvre d’idées soumises à des plans d’action ou des protocoles de travail. Une part importante de sa démarche se rapporte au voyage, à la déambulation ainsi qu’aux rencontres. Avec lui, le «faire» zigzague entre progression et instantanéité. Ce qui a lieu prend forme.

Amandine Pierné

Empreinter un chemin - Arnaud Coutellec

Au loin, le travail protéiforme de Johann Bernard, intégrant une multitude de langages, semble toucher un point d’aboutissement et fixer la concordance de diverses trajectoires diligemment floues, dans sa part dessinée. Décomplexé, le dessin gagne son autonomie, moins l’annexe de recherches parallèles en installations, performances et photographies, que le cœur et l’autour de l’oeuvre. Déjà l’installation "Le Chemin" (2013) ou "Sun Riders" (2014) avec Pierre Andrieux voulaient inventer et restituer un déplacement, déterminer un protocole d’itinéraire, élaborer un plan d’action intégrant une marge d’indécision volontaire, et profiter de ce mouvement de fond pour dévoiler en forme le point d’orgue d’une errance assidue. Dans ce même mouvement, chaque dessin contient en lui aussi une performance migratoire, retenue et laborieuse mais toute intimement satisfaisante.

Sous des dehors d’improvisation intuitive, chaque œuvre dessinée est pensée en amont, lorsqu’il jette sur un petit plan, comme un étalon ou un topo vide, les grandes lignes d’un territoire à explorer. Ensuite « le chemin (qu’il) emprunte est basé sur la répétition d’un même signe par zone, afin de constituer un plus grand ensemble formant un paysage ». Ainsi il construit une trame géologique et minérale en mouvement, des perspectives qui se chevauchent, des brouillards prometteurs et, décidé, il répète chaque pas, gravissant ses motifs au rythme régulier des obstacles sur le sentier, attentif, déployant la densité précise du relief, semant ça et là des canopées idéales, maître des glissements de terrain et funambule des pierriers. Sensible à la disposition quasi-mathématique des éléments d’un paysage naturel, il opère un éparpillement systématique, troublant comme « l’écartement régulier des arbres dans les Cévennes ». Et pour ce faire, il invente les nouvelles règles de chaque nouveau plateau, comme un nouveau jeu dont le gain vaut la concentration de l’effort, l’assiduité du trait et sa part de dérive orientée. Il s’agit d’atteindre un point de vue inédit, une nouvelle déclinaison improbable d’un monde mêlant les climats et les périodes, les plans et les perspectives, les cartes et les photographies pour contenir la composition harmonieuse et équilibrée du paysage fabuleux qu’il est donné de parcourir à nouveau. Chaque dessin de Johann Bernard est une balade qu’il a fait, la compression d’un voyage, un instantané condensé, et s’il ne rend ici non plus simplement la vue d’un lointain paysage dominé, c’est à nous qu’il restitue le chemin empreinté. Il nous engage dans un parcours songeur, invités au dévoilement déambulatoire de ses recoins préférés, à une perdition fructueuse, à l’épreuve jubilatoire d’une recherche d’équilibre sur la crête d’un paysage qui se révèle sous nos pieds, qui sont nos yeux.


Marking the path - Arnaud Coutellec

In the distance, the protean work of Johann Bernard, integrating a multitude of languages, seems to touch a point of completion and fix the concordance of various trajectories diligently blurred, in his drawn part. Uninhibited, the drawing gains its autonomy, The installations "Le Chemin" (2013) and "Sun Riders" (2014) , done in collaboration with artist Pierre Andrieux, aimed to invent and reproduce a movement, to determine a route plan and develop an action plan including a voluntary place for indecision to unveil and highlight an assiduous wandering. In this same movement, each drawing contains a migratory performance, restrained and laborious but all intimately enjoyable.

Under that intuitive improvisation exterior, each work drawn is beforehand thought, throwing together the main lines of a territory to be explored. Then "the path is based on the repetition of the same sign per zone, in order to constitute a larger ensemble forming a landscape". Thus he builds a geological and mineral framework in motion, overlapping perspectives, promising fogs and, decided, he repeats every step, climbing his patterns to the regular rhythm of obstacles on the path, attentive, deploying the precise density of the relief, sowing here and there ideal canopies, master of landslides and tightrope walker of screes. Sensitive to the quasi-mathematical disposition of the elements of a natural landscape, he operates a systematic dispersal, disturbing as "the regular spacing of the trees in the Cevennes". It is a question of reaching an unprecedented point of view, a new improbable declination of a world mixing climates and periods, plans and perspectives, maps and photographs to contain the harmonious and balanced composition of the fabulous landscape it is given to browse again. Each drawing of Johann Bernard is a walk he took, the compression of a journey, a condensed snapshot, and if he does not simply make the view of a dominated distant landscape, he gives back the path he marked. It engages us in a thoughtful journey, invited to the ambulatory unveiling of its favorite nooks, to a fruitful perdition, of the jubilant test of a search for balance on the crest of a landscape that is revealed under our feet, which are our eyes.