Empreinter un chemin - Arnaud Coutellec - 2015

Au loin, le travail protéiforme de Johann Bernard, intégrant une multitude de langages, semble toucher un point d’aboutissement et fixer la concordance de diverses trajectoires diligemment floues, dans sa part dessinée. Décomplexé, le dessin gagne son autonomie, moins l’annexe de recherches parallèles en installations, performances et photographies, que le cœur et l’autour de l’oeuvre. Déjà l’installation Le Chemin (2013) ou Sun Riders (2014) avec Pierre Andrieux voulaient inventer et restituer un déplacement, déterminer un protocole d’itinéraire, élaborer un plan d’action intégrant une marge d’indécision volontaire, et profiter de ce mouvement de fond pour dévoiler en forme le point d’orgue d’une errance assidue. Dans ce même mouvement, chaque dessin contient en lui aussi une performance migratoire, retenue et laborieuse mais toute intimement satisfaisante.

Quand il sillonne jeune l’Europe avec sa famille, pendant de longues heures il regarde le paysage par la fenêtre. Autodidacte enthousiaste il fait des photos, plus loin regarde des photos qu’il aime – la rivière Merced par Stephen Shore, alors il dessine les paysages qu’il voudrait pouvoir prendre en photo, et parfois prend en photo les paysages qui inspireront un dessin. Une formation de dessinateur industriel ne sera jamais mise à profit, mais toujours entreprenant entre autres choses, il gère un temps un cinéma dans une petite station de montagne, et lorsque pendant des heures il interroge par téléphone pour un institut de sondage, immanquablement il griffonne quelques motifs d’arbres et quelques cellules automatiques ; lorsque la page se révèle trop exigu et que le paysage se précise, alors Johann Bernard entreprend le dessin.

Sous des dehors d’improvisation intuitive, chaque œuvre dessinée est pensée en amont, lorsqu’il jette sur un petit plan, comme un étalon ou un topo vide, les grandes lignes d’un territoire à explorer. Ensuite « le chemin (qu’il) emprunte est basé sur la répétition d’un même signe par zone, afin de constituer un plus grand ensemble formant un paysage ». Ainsi il construit une trame géologique et minérale en mouvement, des perspectives qui se chevauchent, des brouillards prometteurs et, décidé, il répète chaque pas, gravissant ses motifs au rythme régulier des obstacles sur le sentier, attentif, déployant la densité précise du relief, semant ça et là des canopées idéales, maître des glissements de terrain et funambule des pierriers. Sensible à la disposition quasi-mathématique des éléments d’un paysage naturel, il opère un éparpillement systématique, troublant comme « l’écartement régulier des arbres dans les Cévennes ». Et pour ce faire, il invente les nouvelles règles de chaque nouveau plateau, comme un nouveau jeu dont le gain vaut la concentration de l’effort, l’assiduité du trait et sa part de dérive orientée. Il s’agit d’atteindre un point de vue inédit, une nouvelle déclinaison improbable d’un monde mêlant les climats et les périodes, les plans et les perspectives, les cartes et les photographies pour contenir la composition harmonieuse et équilibrée du paysage fabuleux qu’il est donné de parcourir à nouveau. Chaque dessin de Johann Bernard est une balade qu’il a fait, la compression d’un voyage, un instantané condensé, et s’il ne rend ici non plus simplement la vue d’un lointain paysage dominé, c’est à nous qu’il restitue le chemin empreinté. Il nous engage dans un parcours songeur, invités au dévoilement déambulatoire de ses recoins préférés, à une perdition fructueuse, à l’épreuve jubilatoire d’une recherche d’équilibre sur la crête d’un paysage qui se révèle sous nos pieds, qui sont nos yeux.


Marking the path - Arnaud Coutellec - 2015

In the distance, the protean work of Johann Bernard, integrating a multitude of languages, seems to touch a point of completion and fix the concordance of various trajectories diligently blurred, in his drawn part. Uninhibited, the drawing gains its autonomy, The installations Le Chemin (2013) and Sun Riders (2014) , done in collaboration with artist Pierre Andrieux, aimed to invent and reproduce a movement, to determine a route plan and develop an action plan including a voluntary place for indecision to unveil and highlight an assiduous wandering. In this same movement, each drawing contains a migratory performance, restrained and laborious but all intimately enjoyable.

Johann Bernard is an enthusiastic autodidact artist, taking pictures and learning from other photographs – the Merced River by Stephen Shore. He draws the imaginary landscapes he would like to be able to photograph, and sometime he takes pictures of the landscapes that will inspire a drawing. Trained as an industrial designer he left the industry to manage a cinema in a village in the Alps Mountains. Back to Bordeaux he will work for a call center to make a living. During these long hours on the phone he will make doodles, trees and automatic doodles. When the sheet of paper becomes too narrow and full on, Johann Bernard starts a drawing.

Under that intuitive improvisation exterior, each work drawn is beforehand thought, throwing together the main lines of a territory to be explored. Then "the path is based on the repetition of the same sign per zone, in order to constitute a larger ensemble forming a landscape". Thus he builds a geological and mineral framework in motion, overlapping perspectives, promising fogs and, decided, he repeats every step, climbing his patterns to the regular rhythm of obstacles on the path, attentive, deploying the precise density of the relief, sowing here and there ideal canopies, master of landslides and tightrope walker of screes. Sensitive to the quasi-mathematical disposition of the elements of a natural landscape, he operates a systematic dispersal, disturbing as "the regular spacing of the trees in the Cevennes". It is a question of reaching an unprecedented point of view, a new improbable declination of a world mixing climates and periods, plans and perspectives, maps and photographs to contain the harmonious and balanced composition of the fabulous landscape it is given to browse again. Each drawing of Johann Bernard is a walk he took, the compression of a journey, a condensed snapshot, and if he does not simply make the view of a dominated distant landscape, he gives back the path he marked. It engages us in a thoughtful journey, invited to the ambulatory unveiling of its favorite nooks, to a fruitful perdition, of the jubilant test of a search for balance on the crest of a landscape that is revealed under our feet, which are our eyes.


EXPOSITIONS PERSONNELLES

La chambre de Johann - L'agence créative - Bordeaux (2017)
Pas à pas - Galerie Pierre Poumet - Bordeaux (2017)
Delta - 5un 7 - Bordeaux (2016)
Provence Andalouse - Escalier B - Bordeaux (2015)
Sun riders - En duo avec Pierre Andrieux - 5un7 - Bordeaux (2014)
Explorationem ordinaria - En duo avec Charlie Devier - Novo local - Bordeaux (2012)

EXPOSITIONS COLLECTIVES

Le courant Ayssénois: une rétrospective - Salle des fêtes - Ayssènes (2017)
Beyond thunderdome - En duo avec Charlie Devier - Le garage - Bagnolet (2017)
Daf festival – La reliure – Genève (2017)
Dracula simia – La réserve bienvenue – Bordeaux (2016)
Il fallait mêttre des choses dans ce vide – La réserve bienvenue – Bordeaux (2015)
Mult – Galerie Tinbox – Bordeaux (2014)
Nouvelles acquisitions – Artotheque de Beychac et Caillau – Beychac et Caillau (2014)
Come as you are – Galerie Ilka Bree – Bordeaux (2014)
Stand buy – 5un7 – Bordeaux (2013)
Biozphère – Halle des Chartrons – Bordeaux (2013)
Drop zone – Place St Michel – Bordeaux (2012)
Muchos grafias – Nak1oeil – Bordeaux (2011)

DIVERS

Ateliers Bô (ateliers pour enfants) - en duo avec Charlie Devier - CAPC, Bordeaux (2017)
Résidence dans la maison du poète François Muir – Wateermael Boisfort - Bruxelles (2012)
ACH ! – Collectif de non danseurs – 2011 à 2013
De 2015 à 2017, artiste habitant de « La réserve bienvenue » (Bordeaux)
De 2011 à 2014, artiste résident de l’atelier « Raymonde Rousselle » (Bordeaux)
Langues: Anglais et un peu d’espagnol – Permis de conduire b